Comprendre
Un problème de charge, pas de rotule mal placée
Le syndrome fémoro-patellaire désigne une douleur à l’avant du genou, autour ou sous la rotule, sans lésion visible. Longtemps expliqué par un « mauvais alignement » de la rotule, il est aujourd’hui compris comme un déséquilibre entre ce qu’on demande à l’articulation et ce qu’elle sait encaisser.
Les facteurs qu’on retrouve le plus souvent : une hausse rapide du volume ou du dénivelé négatif, un quadriceps et des fessiers sous-développés par rapport à la charge, une cadence de course basse, ou une reprise après plusieurs semaines d’arrêt.
Bonne nouvelle : c’est une douleur qui ne détruit rien. Le cartilage n’est pas « usé » et le pronostic est bon, à condition de traiter la cause plutôt que le symptôme.
Les signes qui parlent
Une douleur en descente d’escalier ou de sentier, plus qu’en montée.
Le « signe du cinéma » : gêne après une longue position assise, genou plié.
Une douleur diffuse, difficile à montrer du doigt, autour de la rotule.
Des craquements ou des sensations d’accrochage, souvent sans gravité.
Au cabinet
Comment on pose le diagnostic
Le diagnostic est clinique. L’imagerie n’a d’intérêt qu’en cas de blocage, de gonflement important ou de traumatisme.
L’histoire de la charge
Kilométrage, dénivelé, changement de terrain ou de chaussures, reprise. La cause est presque toujours là.
L’examen du genou
Localisation de la douleur, mobilité, tests de compression fémoro-patellaire, recherche d’un épanchement.
Le contrôle en charge
Squat unipodal, descente de marche : on regarde le genou rentrer en dedans et le bassin s’affaisser.
Une mesure de départ
Force du quadriceps et des abducteurs au dynamomètre, échelle de douleur. Le chiffre initial sert de référence.
Le traitement
Renforcer la hanche autant que le genou
Le traitement de référence associe renforcement du quadriceps, travail des fessiers et ajustement de la charge d’entraînement. La rééducation dure typiquement six à douze semaines.
Phase 1 · 1 à 3 semaines
Faire baisser l’irritabilité
On réduit ce qui provoque la douleur — descentes, escaliers, longues sorties — sans arrêter l’activité. Le travail isométrique du quadriceps est bien toléré et soulage souvent dès la première semaine.
Phase 2 · 3 à 10 semaines
Reconstruire la force
Renforcement progressif du quadriceps sur amplitude tolérée, puis travail des abducteurs et rotateurs de hanche. Deux à trois séances par semaine, avec une charge qui augmente tant que la douleur du lendemain reste stable.
Phase 3 · dès 6 semaines
Revenir à la course
Reprise sur terrain plat, allure facile, volume rendu progressivement. Une cadence légèrement plus élevée réduit la charge au genou et facilite souvent la reprise. Le dénivelé négatif revient en dernier.
Une analyse de foulée aide à identifier ce qui a déclenché la blessure : voir La Clinique du Coureur®. Des semelles peuvent soulager transitoirement — voir la podologie du sport.
Ce que dit la science
Sur quoi repose cette prise en charge
Le renforcement combiné hanche et genou soulage mieux la douleur que le travail du genou seul.
Manchester Patellofemoral Pain Consensus.
Aucune preuve solide ne soutient l’idée d’un mauvais alignement rotulien à corriger ; la charge est le facteur central.
Revues sur les facteurs de risque fémoro-patellaires.
Augmenter la cadence d’environ 10 % réduit nettement les charges au genou pendant la course.
Heiderscheit et al.
Quand consulter sans attendre
Ces signes évoquent autre chose qu’un syndrome rotulien.
Un genou qui gonfle rapidement après un traumatisme ou une torsion.
Un blocage du genou, ou une sensation qu’il se dérobe.
Une douleur nocturne permanente, une fièvre ou une rougeur chaude.
Une douleur très localisée sur l’os, qui empire à chaque appui.
Questions fréquentes
Ce qu’on nous demande en consultation
Puis-je continuer à courir ?
Le plus souvent oui, en réduisant le volume, en évitant les descentes et en restant sous un seuil de douleur acceptable qui disparaît dans les 24 heures.
Faut-il une radio ou une IRM ?
Pas en première intention. L’imagerie ne montre généralement rien et n’oriente pas le traitement, sauf traumatisme ou blocage.
Combien de temps pour aller mieux ?
Six à douze semaines dans la majorité des cas, avec un renforcement régulier. Les formes anciennes demandent plus de patience.
Le vélo est-il autorisé ?
Souvent oui, en réglant la selle un peu haute et en évitant les gros braquets et les montées longues au début.
Relu par le Dr Basile Carcassonne, médecin du sport, pour la partie diagnostic différentiel.
Dernière mise à jour : 28 août 2026 · prochaine revue : février 2027.
Cette page a une visée d’information. Elle ne remplace pas une consultation.
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